Cahiers

La mystique du cahier neuf

J’adore les cahiers vierges. S’il est un type d’objet que j’achète compulsivement sans regarder à la dépense, c’est bien ça. J’en ai toujours une bonne vingtaine d’avance. Dès qu’un motif ou une texture de couverture m’interpelle, je ne peux pas m’empêcher de mettre le main au portefeuille…

Certains membres de ma famille ou certains amis le savent, et n’hésitent pas à m’en offrir. J’ai récemment eu de la part de mon amie Chloé, un magnifique carnet représentant les Ménines, le célèbre tableau de Velasquez. J’ai également reçu par la poste, envoyé par mon ancienne collègue et amie Béatrice, deux carnets ravissants (on les voit sur la photo d’illustration: celui avec le petit oiseau, et celui qui dit « hello »). Ma mère m’en a dégotté au moins trois dans des musées, quant à ma belle-mère, elle m’en offre à Noël ou à mes anniversaires. A chaque fois je suis toute tourneboulée de joie (#plaisirsimple).

Pourtant, mes cahiers, je ne les utilise jamais dans le cadre de mon activité d’auteure. Ils trouvent leur utilité dans mon emploi de journaliste… Je note les interviews, les tâches à ne pas oublier, les adresses de rendez-vous… J’en fais une consommation monstre. Nombreux sont les collègues qui ont souligné que c’était un peu dommage d’utiliser de si beaux cahiers pour des interviews portant sur le budget de telle ou telle école, ou sur telle ou telle politique gouvernementale. Pourquoi ne pas se contenter de cahiers de brouillons pour les tâches prosaïques, et garder les carnets de luxe pour la création?

Page blanche = promesse

La vérité, c’est que j’en suis incapable. Quand j’étais étudiante, j’ai suivi un cours d’un semestre avec l’écrivain Pierre Assouline. Il nous confiait se promener tout le temps avec un petit carnet pour noter ses idées. Et je pense bien qu’il n’est pas le seul à procéder ainsi. Pour ma part, je n’ai jamais réussi à adopter cette technique. Oh bien sûr, j’ai essayé. J’ai entamé tout un tas de petits calepins dans lesquels je notais deux-trois trucs, puis que j’oubliais entamés dans un coin chez moi pour ne plus jamais y retoucher. N’étant plus vierges, ils ne m’intéressaient plus (#gâchi).

Je sais aujourd’hui que si je reste si attachée aux cahiers, ce n’est pas pour leur utilité. C’est parce que leurs pages blanches symbolisent une promesse. Tous les romans qui me restent à écrire. Les idées géniales qui pourraient me tomber dessus. Les superbes phrases que j’aimerais voir sortir de ma tête. Dans la vraie vie, pourtant, dès lors que je commence à noircir les pages, la réalité me rattrape : les idées ne sont pas aussi extraordinaires que je l’ai rêvé. Les phrases superbes ne coulent pas sur le papier avec la fluidité espérée. D’ailleurs, j’ai déjà fait une rature, et c’est moche. Ma page est défigurée!! Horreur!! Mon cahier est balafré, souillé!!

Rien de plus normal, quelque part. Comme dirait l’autre (jessaispuki), écrire c’est 5% d’inspiration, 95% de transpiration. Pondre un chef d’œuvre au fil de la plume c’est difficile, voir impossible.

Ma réalité d’auteure, ce sont les touches, l’écran. Ça va plus vite. Je peux retoucher. Retravailler. Compter les signes écris. Déplacer un paragraphe par-ci, ajouter un paragraphe par-là. Envoyer le texte par mail. Créer différentes versions. Avoir accès au correcteur orthographique. Et puis, on est plus au 19ème siècle: les éditeurs attendent des manuscrits dactylographiés, donc autant commencer direct sur Word plutôt que de devoir retaper ma prose écrite à la main.

Néanmoins je continue d’empiler les cahiers et de les écluser grâce au boulot pour me déculpabiliser. Parce que le papier c’est plus poétique. Et aussi parce que j’aime cette idée d’avoir toujours une page blanche à remplir. Qu’il s’agisse d’écrire un roman, ou tout simplement de vivre sa vie. Les cahiers vierges sont là pour rappeler qu’il y a toujours des projets excitants à mener. Et même dans les périodes de doute, ou de découragement, ils sont là, sur la table et attendent d’être remplis.

 

 

 

 

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