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« Ce livre est tout pourri » ou comment gérer la critique négative

S’exposer et publier ce que l’on écrit, c’est prêter le flan à la critique. Contrairement aux antibiotiques, c’est automatique (stp, admire le combo de rimes en « ique »). Est-ce toujours agréable ? Nope. Est-ce un drame ? Nope. Tu es un.e jeune auteur.ice et tu t’es pris un scud de JeanMichel73 sur Babelio ? Ou tu n’oses pas tenter l’aventure de la publication par crainte de la critique ? Voilà comment gérer.

« Je pense que l’auteurice était sous coke quand il/elle a écrit ». « Un roman très commercial/prétentieux/ennuyeux/convenu/de mauvais goût/qui pue des pieds… ». « Vite lu, vite oublié ». « Le héros (et plus souvent l’héroïne #sexisme) est insupportable » etc. etc. Voici quelques exemples de commentaires que j’ai pu lire à propos de mes romans, ou des livres de consœurs/confrères, au cours de ces dix dernières années.

Blogs, chaînes Youtube, Instagram, Facebook, Babelio, Livre Addict, etc etc. Les canaux permettant à chacun de donner son avis sur un livre se sont multipliés… Cette donnée est même centrale dans la stratégie de communication des maisons d’édition ou des auteurs, puisqu’elles sont nombreuses à mettre en place des systèmes de partenariats avec des blogueurs, chroniqueurs, booktubers…

JeanMichel73 wrote : « UN LIVRE TOUT JUSTE BON POUR CALER LA PORTE !! »

Les auteurs ou d’autrices sont souvent prompt à partager les critiques positives qu’ils reçoivent (c’est mon cas !). Cependant, ils sont rares à s’exprimer publiquement sur les critiques négatives. Logique. On veut tous donner envie à un maximum de lecteurs et lectrices de se jeter sur notre prose. Notre roman, on y croit. On l’a écrit avec notre sang, nos larmes et notre petit cœur tout mou. C’est pas pour s’auto-saboter ensuite. Il n’empêche que je trouve ça intéressant d’en parler. Pourquoi ? Parce que lorsqu’on est un.e jeune auteur.ice (ou parfois moins jeune) on peut – selon son tempérament – se trouver déstabilisé par ces retours. Mais pas de panique…

La première fois que ça m’est arrivé, j’ai d’abord appelé l’une de mes meilleures potes (coucou Laure !) avec des trémolos dans la voix (« Beeeeuh regarde ce que Trucmuche a postéééé, ma carrière est finiiiiieeee « ). C’était peut-être un poil Drama Queen, j’avoue. Je ne connaissais pas encore beaucoup d’autres auteurices, et je ne savais pas trop comment dealer avec ça. Du coup, je n’ai rien fait du tout, à part ruminer. Et avec le recul, ce n’était pas le plus mauvais réflexe.

Autrice blessée qui souffre en silence (mon Dieu, j’aime tellement les Stock Photos !)

Règle générale : n’argumente pas face aux critiques négatives

The hard truth : JeanMichel73 a entièrement le droit de ne pas aimer ton roman et le clamer haut et fort (du moment qu’il ne verse pas dans l’injure et la menace of course). Il trouve que ton œuvre est une insulte à la littérature ? Que tes persos sont mal campés et ton style mauvais ? C’est son avis, qu’il peut exprimer.

En publiant, on accepte que notre œuvre ne nous appartienne plus, ce sont les règles du jeu. Et puis, si la critique n’existait pas, quelle serait la valeur d’une louange ?

Bref, mon conseil : accuse le coup et passe à autre chose. N’explique pas à JeanMichel73 (même gentiment) qu’il n’a rien compris à ce que tu voulais faire. Ne lui expose pas tes intentions d’écriture en long en large et en travers. Ne lui balance pas qu’il a qu’à en écrire un, de livre, et qu’on verra bien comment il s’en sort. Laisse-le tranquille, vous éviterez de perdre du temps et de l’énergie tous les deux. De plus, cela ne donne pas une image flatteuse de toi, puisque tu passes pour un auteur ou une autrice susceptible et relou.

« Oui mais ces commentaires vont décourager les gens de lire mon roman ! »

Réponse : Pas sûr.

Je ne parle évidemment pas des Bad Buzz et autres Shitstorm sur Twitter auxquels certains auteurs et autrices doivent faire face. Cela ne m’est jamais arrivé, donc je n’ai pas d’expérience en la matière. Pour ce qui concerne les commentaires négatifs « normaux », cela ne te portera sans doute pas préjudice.

Les livres de Marc Levy sont critiqués en permanence. Est-ce pour autant qu’ils n’ont pas de succès ? Va faire une petite recherche Google : une bonne partie des « gros vendeurs » se prennent un max de mauvais commentaires. A une échelle bien moindre, je constate aussi que celui de mes livres qui s’est le mieux vendu est aussi celui qui a été le plus critiqué. En somme, les retours négatifs ne sont pas forcément un mauvaise nouvelle.

Tout va bien

Faut-il tenir compte de ce que disent les commentaires négatifs ?

Réponse : le plus souvent non, mais parfois oui, tu peux.

Le monde est composé d’êtres humains très différents du point de vue de leur histoire, de leur personnalité, de leurs goûts… etc. Il n’y a pas un seul truc sur terre qui fasse à 100% l’unanimité. Même les chatons et le chocolat, c’est dire. Et personne n’y peut rien. Il y a des gens qui mettent une seule étoile à Balzac, Zola ou Victor Hugo sur Babelio (ce qui peut te faire un point commun avec Balzac, Zola ou Victor Hugo, bravo !).

J’ai souvent entendu des auteurices affirmer qu’ils ne lisaient pas les avis sur Internet. C’est probablement vrai pour certains d’entre eux ou elles, même si je suis sûre qu’il y en a dans la tas qui mitonnent. C’est vrai qu’il n’est sans doute pas sain de passer son temps à regarder frénétiquement ce qui se dit de son œuvre sur les réseaux sociaux. En revanche, faire preuve de curiosité peut avoir son intérêt de temps en temps. Mais qu’en tirer ? Et faut-il les prendre en compte pour faire évoluer son travail ?

Il ne faut surtout pas en tenir compte quand…

… Le critique s’en prend aux valeurs et éléments fondamentaux qui sous-tendent ton travail. Exemple : quelqu’un trouve que ton roman poétique et contemplatif manque d’action. Il n’y a rien à faire : Agree to disagree. Dis-toi que ce livre est certainement critiqué pour les mêmes raisons qu’il est apprécié par ailleurs.

… On se demande pourquoi le critique a choisi de lire ton livre. Exemple : dans mon secteur, on lit souvent : « je n’ai pas apprécié, je pense que c’est trop jeunesse pour moi. » Question : pourquoi lire de la jeunesse quand on sait déjà que l’on n’aime pas ça ?

… La critique est fondée purement sur du ressenti. « Le personnage principal ne m’a pas touché. Je ne me suis pas identifié. » Au-delà du fait qu’un personnage de roman n’est pas toujours conçu pour que le lecteur s’identifie, il faut être un peu fataliste : le lecteur n’a pas été touché, il sera touché par une autre œuvre et c’est tout.

… La critique est démesurément virulente. Or, ce qui est excessif est insignifiant. La colère, la mauvaise humeur ou l’envie de blesser n’ont rien à voir avec toi. Tu es juste un dommage collatéral.

… Plus encore, la critique est désobligeante envers toi. « On m’a vanté la plume de cet auteur, mais je n’ai trouvé nulle trace du moindre talent. » Même remarque que juste au-dessus.

En résumé : n’oublie jamais que tu n’écris pas pour tout le monde (vu que c’est impossible) mais pour les gens qui apprécient ton travail. Il y en a TOUJOURS. Pour une personne qui déteste ce que tu fais, il y en a sans doute 10 qui aiment bien, alors cultive ce qui plaît à ces lecteurs-là, plutôt que de t’échiner à faire plaisir à JeanMichel73. Tu risquerais d’y perdre ce qui fait la spécificité et l’âme de ton travail, alors que JeanMichel73, lui, ne pense déjà plus à ton bouquin.
Par ailleurs, il est important de garder en tête qu’une critique en dit souvent davantage sur son auteur que sur l’objet critiqué.

Tu peux en tenir compte si…

… Si certains éléments de la critique « résonnent » chez toi. En gros, si tu sens que la personne mets le doigt sur quelque-chose qui peut effectivement être une marge de progrès et que tu aimerais améliorer cet aspect dans tes prochains romans. On trouve sur Internet de nombreuses critiques étayées, un vrai travail de qualité, même quand le retour n’est pas toujours aussi élogieux que notre ego l’aimerait. C’est une affaire de feeling mais aussi de confiance en soi, et c’est sans doute le plus difficile à bâtir : être ferme sur les fondamentaux de son projet artistique, et garder des capacités d’écoute, sans jeter le bébé avec l’eau du bain.

Non, ne me jette pas !


…Si une personne concernée te reproche de l’avoir mal représentée. Un auteur ou une autrice essaye de décrire au mieux le monde qui l’entoure, mais il est le produit de son milieu, de sa propre histoire, et peut faire des erreurs. Oui, il arrive de mal dépeindre une catégorie d’individus, même avec la meilleure des volontés, et de blesser involontairement. C’est une opportunité de réfléchir, de se renseigner auprès d’autres personnes concernées, de reconnaître ses éventuelles maladresses pour faire mieux la prochaine fois.

Nous vivons une époque particulière, et assez inédite, avec toutes les voies d’expression nouvelles et largement ouvertes. On peut choisir de se focaliser sur le négatif (JeanMichel73 qui dit à la terre entière que t’es qu’un ou une gros.se raté.e et que t’as qu’à t’étouffer avec ton bouquin perrave) ou accueillir le foisonnement. Des gens peuvent lire nos livres, dire ce qu’ils en pensent et beaucoup le font très bien. Toi, ton taffe, c’est de continuer à cultiver ta voix singulière et de bosser.

Spoiler : tout le monde n’aimera pas ton prochain roman.

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