Sioux glamour

Ruses de Sioux #3 : Où écrire ? (Test !)

Je poursuis aujourd’hui cette petite série très librement inspirée de l’Art de la Guerre de Sun Tzu, dont vous pouvez consulter le premier volet ici. Pour rappel, ce général chinois du VIème siècle nous enseigne l’art de gagner des batailles en suivant notamment ces consignes :

« Si nous voulons que la gloire et les succès accompagnent nos armes, nous ne devons jamais perdre de vue : la doctrine, le temps, l’espace, le commandement, la discipline. »

Je transpose ces préceptes à l’art du roman. Mon dernier billet étant consacré à la bonne gestion du temps lorsque l’on veut s’adonner à cette noble tâche, je m’attaque aujourd’hui à celui de l’espace, plus exactement des lieux de l’écriture. Parce qu’écrire mesdames messieurs, c’est comme faire pipi, ça ne se fait pas n’importe où ! (J’espère que cette comparaison ne va pas me valoir des misères…). Tout comme le moment de l’écriture et sa durée, le choix du lieu où l’on élabore son œuvre n’est pas anodin. Il est essentiel de le choisir selon sa personnalité, ses goûts, ses modes de fonctionnement… Sinon, on va droit dans le mur et son travail en pâtit. Heureusement, ce billet peut vous éviter toute erreur funeste…

Mais d’abord, une digression

Avant de commencer, laissez-moi vous dévoiler un noir secret issu de mes années de jeunesse. Entre mes 23 et 25 ans, j’ai été journaliste free-lance pour plusieurs titres de presse féminine, dont certains ont aujourd’hui disparus. Aujourd’hui, je ne suis plus trop fan de ce type de torchons magazines… Mais nous avons tous un passé, et j’assume le mien 🙂 . A cet égard, il m’est arrivé de rédiger les fameux « tests » de personnalité que l’on fait la plage pendant l’été. Vous savez les machins genre « pourrais-tu ressortir avec ton ex ? », « Pourrais-tu sortir avec ton meilleur ami ? », « De quel film serais-tu la star ? », « Quelle est la couleur qui te correspond ? »… etc etc.

Donc oui, pour tous ceux qui se posaient encore la question : beaucoup de ces tests de psychologie sont rédigés par des pigistes en pyjama depuis la table de leur cuisine, et non par de fins psychologues bardés de diplômes. C’est le moment où intervient Anastase, mon contradicteur interne :

« Mais c’est quoi le rapport entre un général chinois mort et des tests de magazines féminins à la noix ? »

Mon Anastase, tu manques terriblement d’imagination ! Avec le temps tu devrais savoir que je n’écris rien qui ne soit d’une incomparable pertinence et d’une grande sagesse.

Pour vous aider dans votre bataille contre l’écriture, et donc à déterminer le lieu propice à votre créativité et à respecter les principes de Sun Tzu, j’ai décidé de ressusciter pour vous ma grande compétence en matière de tests. Attention c’est parti, ça va décoiffer.

Romancier, quel est le lieu favorable à l’éclosion de ton chef-d’œuvre ?

 

Dans quel contexte Tes meilleures idées de roman sont elles nées ?

A/Seul le soir, sur une falaise bretonne, alors que je contemplais les flots déchaînés d’une mer hostile.

B/Pendant une fête parisienne mondaine en buvant du Champomy avec Hemingway.

C/Au chaud dans mon lit après avoir regardé un épisode de Games of Throne en grattant mes croûtes.

D/A l’époque où j’étais chalutier en Islande/mineur à Sacramento/trafiquant d’antiquité au Cambodge/laveur de vitres sur les grattes-ciel de New-York (équipier chez MacDo marche aussi).

E/Un peu n’importe quand.

 

Quelle est Ta bande-son favorite lorsque TU te concentre sur un travail (peu importe lequel) ?

A/Un épais silence que seul vient troubler le frottement de ma plume contre le papier.

B/Les rires, les conversations, le bruit des choppes de limonade qui s’entrechoquent sous l’éclat aveuglant des lumières de la nuit. La vie quoi !

C/Taylor Swift ou tout autre chanteuse américaine. Autotunée, de préférence (« You gotta work bitch, tutudututuduh »).

D/La rumeur des dockers qui réceptionnent les cargaisons d’épices dans le porrrrrrt d’Amsterrrrrdammmm.

E/Ça dépend des jours et de l’humeur.

 

Ikea décide de sponsoriser ta créativité en t’offrant le siège de ton choix (oui, on peut rêver). Que choisis-tu ?

A/Je préfèrerais un fauteuil en cuir sombre de chez Roche-Bobois. Une banale chaise Ikea est indigne de la grandeur de la tâche que je me suis fixée.

B/Une chaise en bois raide comme celles du troquet du coin. De celles qui portent sur elles l’histoire de leurs nombreux hôtes. Donc pas du Ikea non plus.

C/Je peux choisir un canapé avec beaucoup beaucoup de coussins et un chat dessus ?

D/Pas de siège pour moi. Je suis ne suis à l’aise que sur le sol de la remorque d’un camion lancé à pleine vitesse sur les routes du Colorado.

E/Choisis pour moi. J’aime bien par-terre aussi.

 

Ok ! Et DE quel type d’éclairage s’accommodent tes beaux yeux ?

A/La chaude lueur des chandelles au soir.

B/L’éclat aveuglant des lumières de la nuit je t’ai dit, t’es bouchée !!? Ou sinon les stroboscopes.

C/Bah… celle de la lampe, bien-sûr ! (ah merde, faudrait changer l’ampoule).

D/La lumière froide et rasante de l’aube naissante.

E/Bof, peu importe, du moment que j’y vois quelque chose.

 

On t’interromps pendant que tu travailles, comment réagis-tu ?

A/ »Qui ose me déranger dans ma retraite ? Hors de ma vue manant, et que je ne te revois pas avant l’heure du souper ! »

B/ »Oh chouette ! L’opportunité d’une discussion festive sur la vacuité de l’existence ! »

C/ »La télécommande ? Oh pardon, elle était sous mes fesses ! »

D/ »Quoi ? On recherche des ouvriers pour la cueillette de fruits dans l’Oklahoma ? J’arrive ! »

E/Si c’est intéressant j’écoute attentivement. Sinon je fais genre en disant « ahun ».

 

 Et sinon, tu écris sur quoi ?

A/Des feuilles de papier velin de la meilleure qualité.

B/Un carnet Moleskine.

C/Un ordinateur portable bien calé sur mes genoux, avec une connexion Internet qui fonctionne (desfois que je voudrais regarder des vidéos Youtube pendant les pauses).

D/Une pile de feuilles volantes et sales dérobées à un négociant de Nashville.

E/Ça dépend. Mais le traitement de texte avec correcteur orthographique c’est plutôt pratique quand même.

 

La maison de tes rêves ?

A/ Un manoir délabré sur la côté bretonne, à plusieurs lieues du prochain village.

B/Une grande maison avec jardin pour inviter le gratin de la littérature débridée et faire des lectures de poèmes. En buvant du Mister Cocktail.

C/Un appart’ bien chauffé. Pas trop grand sinon après ça fait trop de ménage. Mais faut quand même que je puisse caser mes trucs.

D/Un logis confortable endort l’âme et le corps. Mon toit, c’est la voute étoilée. Mon plancher, les grands espaces du Kentucky.

E/J’ai pas de religion en la matière. Mais si on me donne une maison gratos je la prends. L’occasion fait le larron, non ?

C’est bon, vous avez répondu à tout ? (oui je sais, je passe du tutoiement au vouvoiement comme je change de socquettes).

 

Résultats

Un maximum de A : Le Reclus

Vous êtes un Victor Hugo perdu au 21ème siècle. La révolution numérique et les perturbations constantes qui vont avec, ça vous fait bugger. Pour bosser, il vous faut le silence le plus total et la réclusion la plus solitaire. Malheureusement, de nos jours, à moins d’être chanceux, il est rare de pouvoir se permettre un manoir isolé. Mes conseils :

1/Vous installer dans une pièce au calme et si vous êtes parent, trouver le moyen d’éviter que la petite Renoncule ne débarque pas sans prévenir pour vous montrer la nouvelle coupe de crinière qu’elle a élaboré sur son petit poney (« regarde, maman c’est un poney punk maintenant ! »). Négocier avec le conjoint, faire appel à papy-mamie, au centre des loisirs… Bref, ce que vous pouvez.
2/Investir dans des boules Quiès : vos jours de liberté tombent souvent en même temps que ceux des voisins. Or, ils refont leur salle de bain…
3/Si on vous enquiquine quand-même (« chériiiiiiiie on a oublié les impôtttts!! »), soyez ferme. La création passe avant un redressement du fisc.

Un maximum de B : Le Sociable

Je vous ai reconnu Francis Scott Fitzgerald ! Contrairement à notre ami au dessus, vous risquez de dépérir comme un vieux crapaud écrasé si on vous laisse au calme. Votre truc, c’est l’agitation, les fêtes, les rencontres, qui vous inspirent et vous nourrissent. Eh bien plus tôt que de mourir chez vous, sortez, sortez ! Mes conseils :

1/Trouvez un troquet confortable où vous pouvez rester des heures sans que le patron vienne vous casser les pieds parce que vous n’avez commandé qu’un expresso. Évitez les cafés du Boulevard Saint-Germain. Ils sont peut-être auréolés de leur folle histoire littéraire, mais le prix des consos y est également auréolé d’arnaque.
2/Faites-vous y des amis, et si vous ne trouvez par parmi les piliers de bar habitués quelqu’un qui vous convienne, qu’à cela ne tienne, invitez vos potes à vous rejoindre en fin de journée. Prenez soin de vous ménager tout de même quelques heures pour profiter du brouhaha sans faire la conversation. Ce bouquin ne va quand même pas s’écrire tout seul.
3/Gaffe à la bibine ! Ce n’est pas parce qu’on est dans un troquet que l’on doit se la péter Baudelaire en se transformant en poivrot. Vous y gagnerez une cirrhose et votre bouquin pourrait n’avoir qu’un succès posthume, ce qui serait dommage (d’autant que j’ai quelques doutes quant aux propriétés magiques de l’alcool pour faire marcher la créativité).

Un maximum de C : Le patachon 2.0

Moins anachronique que les deux énergumènes précédents, vous êtes à l’aise avec les nouvelles technologies. Et pour cause, elles vous permettent de travailler, de voir le monde, de communiquer avec vos potes… Sans quitter votre canapé. Cela vous permet d’être en contact permanent avec la pop culture contemporaine, ce qui peut se révéler une source d’inspiration. Vous-êtes un genre de euh… difficile à dire, peu de grands écrivains se vantent de traîner en pyjama, mais je vous rassure, ils sont légion ! Mes conseils :

1/Le principal investissement de votre lieu d’habitation doit être votre canapé, ou votre lit. Si vous vous sentez bien en écrivant allongé sous la couette, ne cédez pas aux conventions sociales et a la tyrannie du bureau. L’auteur écrit où il veut et il vous emm….
2/Attention à la procrastination : Internet est un dangereux piège avec ses articles Topito à foison (« Si les princesses Disney étaient moches… Ce Diaporama va vous surprendre ! »). Si jamais vous n’arrivez pas à avancer, essayez d’appliquer ma tactique magique pour vous forcer à vous concentrer. N’oubliez pas cependant que quand vous êtes occupés a regarder cette vidéo de chaton qui tombe dans un aquarium, c’est également le moment où votre cervelle travaille toute seule. Soyez donc patient avec elle.
3/N’oubliez pas de sortir de temps en temps sinon vous perdrez tous vos muscles et vous transformerez en boule de mie de pain.

Un maximum de D : L’Aventurier

Ciel, un Jack London… que dis-je, un Jack Kerouac sur mon blog ! Je suis honorée de ouf ! Vous, vous êtes un aventurier qui ne tient pas en place, et dont la richesse des récits tient en grande partie aux expériences rudes, et aux conditions inconfortables qui les ont fait naître. Mes conseils :

1/Fichez le camp de ce blog douillet immédiatement mon ami, et partez promptement tiré par des chiens de traîneau. Le frisson de la découverte vous attend ! Que de nouvelles expériences à vivre, que de nouveaux compagnons de route à rencontrer !
2/ Vous pouvez vivre chichement, certes, mais n’oubliez pas de prendre une couverture santé internationale sous peine de vous retrouver à payer 50 000 dollars à un hôpital dans le Nevada qui a soigné votre morsure de Crotale. Cela engloutirait tout les droits issus des ventes colossales de vos aventures (ou, si elles ne sont pas colossales, vous forcerait à prendre un crédit chez Sofinco, avec les taux d’intérêt que l’on connait). Une assurance « rapatriement d’urgence » serait également de bon ton.
3/Achetez des bottes fourrées et un anorak grand froid chez Décathlon… et à vous de jouer !

Un maximum de E : Le Tout-terrain

Vous n’avez pas de profil bien précis. Selon les jours ou l’humeur, vous aimez bien changer de contexte, de lieu, de compagnie. Non que vous soyez un ectoplasme sans personnalité. Au contraire cela démontre que ce qui vous caractérise, c’est l’envie de changer pour ne pas vous ennuyer, l’ouverture à ce que la vie vous apporte. Vous êtes souple, vous vous adaptez facilement. Ouep, vous êtes vraiment génial, et vous savez pourquoi ? … Parce que vous êtes comme moi pardi ! Alors, content ???? Mes conseils :

1/Bien écouter son humeur du jour pour agir en fonction. Là encore, faites ce que vous voulez : écrire dans un parc, au café, dans le lit, par terre, les pieds en l’air, en écoutant Maître Gims, dans un monastère, caché entre les jardinières. Rien n’est interdit pourvu qu’il en sorte au moins une ligne de prose.
2/Néanmoins, n’hésitez pas à coller ça et là des repères un peu structurants dans la journée, sinon vous risquez d’être un peu déphasé et paumé dans l’espace-temps (genre, « le dîner en famille un point c’est tout ! » ou « une heure de sport tous les matins à la salle de gym, obligé ! »).
3/Mangez bien vos légumes.

C’en est fini de ce formidable test. Si vous êtes arrivé jusqu’au bout, je suis preneuse des résultats !!! … et si vous ne vous y retrouvez pas du tout (« et si on aime écrire que dans une chambre froide de boucher ?? »), je prend aussi les catégories inédites 😉

Love

Love

et Re-love.

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